Président

Le journal sarkostique de Joseph Savès

Parler vrai

20 avril 2009

Les propos crus de Nicolas Sarkozy sur Obama, Zapatero et Merkel, rapportés par Libération, sont sans précédent dans l’histoire de la diplomatie. Aucun chef d’État ne se permet de dénigrer ainsi des homologues étrangers, devant un groupe d’hommes publics… L’Élysée a détourné l’opinion de ce scandale en mettant l’accent sur la réaction pour le moins malvenue de Ségolène Royal. Le procédé nous ramène au bon vieux temps de la campagne présidentielle, quand les bêtises de Sarkozy s’effaçaient derrière celles de sa rivale («bravitude»,…).

Reste que les effets s’en feront sentir au détriment de la France. Dans ses prochaines rencontres internationales, à commencer par celle de Madrid, avec Zapatero, Sarkozy, tenu de faire oublier sa faute, sera obligé de faire profil bas et se trouvera en position de faiblesse pour négocier quoi que ce soit avec son interlocuteur. On l’a déjà vu avec Hu Jintao à Londres. Quant à Obama, qui méprise et à tout le moins ignore Sarkozy, il devient tout à fait improbable qu’il lui concède une promenade sur les plages du Débarquement, le 6 juin.

Mal-aimé, je suis le mal-aimé…

26 mars 2009

Le président chinois Hu Jintao a déjà averti qu’il n’aurait aucun contact personnel avec le président français lors du prochain G20, à Londres. Le président américain Obama semble sur la même ligne. Il est vrai qu’il n’a pas l’air de savoir que la France a un nouveau président depuis deux ans. Ainsi est-ce à Jacques Chirac, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy (et sa bête noire), qu’il a transmis il y a quelques jours un chaleureux message l’invitant à poursuivre dans la voie de la paix (preuve qu’on est davantage estimé quand on s’oppose, comme Chirac lors de la guerre d’Irak, que quand on se couche, comme Sarkozy en Afghanistan et à l’OTAN). Le président russe Medvedev, qui a mesuré la véritable stature de son homologue français lors de la crise géorgienne (août 2008), s’est payé sa tête en singeant publiquement ses tics et son agitation devant des journalistes américains. En France même, voilà que Laurence Parisot, présidente du Medef (le syndicat patronal), perd à son tour patience en qualifiant ouvertement de «rodomontades et fanfaronnades» les propos moralisateurs et vains du président sur les revenus des grands patrons. Il n’y a que la vérité qui blesse…

Nicolas Sarkozy peut heureusement se consoler avec le soutien de tous les canards boîteux de la planète : de Raul Castro à Benoît XVI en passant par Chavez et Kadhafi.

Chassez le naturel,… il revient au galop

23 mars 2009

Dans son discours de campagne électorale à Saint-Quentin, Nicolas Sarkozy a réactivé l’argument de la sécurité, histoire de séduire le coeur de son électorat : les retraités et les personnes très âgées, en oubliant que la croissance régulière et continue des atteintes aux personnes est la conséquence de sa propre action depuis 2002 au ministère de l’Intérieur puis à l’Élysée.

Dans le même temps, au moment où les inégalités s’accroissent comme jamais, le président a lancé une diatribe contre «l’égalitarisme» ! Ainsi justifie-t-il son refus obstiné de pénaliser les très hauts revenus, si injustifiés soient-ils. Ainsi montre-t-il que la crise et la ruine du néolibéralisme n’ont rien changé à ses convictions intimes. Celles-ci le portent encore et toujours à glorifier l’acquisition de richesses au détriment d’autres valeurs comme la connaissance ou l’altruisme…

Enfermé dans la conviction que la crise ne durera que quelques mois, il espère un retour à l’ancien régime, celui de son enfance, d’avant Mai-68, dont il mythifie le souvenir, à l’image des royalistes qui, en 1815 et 1824, voulaient effacer 1789.

Rencontre du troisième type

20 mars 2009

Point de vue de Lorenzo Patti

« La poésie est une arme du futur » chantait Léo Ferré. Espérons le. En tous les cas la langue de bois et les campagnes de désinformation sont très certainement les armes de décervelage massives des bouffons qui nous gouvernent. Championne du monde toutes catégories et reine de l’oxymore notre vénérable Ministre de la l’Intérieur Michèle Alliot-Marie…

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Manifestants sympa, président crispé

19 mars 2009

Atmosphère chaleureuse et sympa à la manifestation syndicale Bastille-Nation : la plupart des manifestants arborent un autocollant : « Casse-toi, pov’con ! C’est Sarkozy qui le dit ». Et l’un des slogans n’est autre que : « Sarkozy démission ! »

Le ton monte dans le pays et l’on ne se cache plus pour exprimer sa rage à l’égard de Nicolas Sarkozy. C’est un tournant… Pendant ce temps, l’Élysée fait le dos rond et s’obstine dans une politique à contresens en laissant entendre qu’il ne peut faire rien de plus. Mon oeil ! Le « paquet fiscal » du 27 août 2007 est une injustice de plus en plus insupportable au regard des sacrifices demandés aux classes populaires.

C’est aussi une ineptie économique qu’il devient urgent d’abroger, de même que la promesse faite aujourd’hui aux restaurateurs de baisser leur TVA de 19,6% à 5,5% ! Cette mesure va coûter 3,2 milliards par an à l’Etat (l’équivalent de 150.000 emplois qualifiés à temps plein) et elle profitera à une catégorie d’employeurs qui ne craint pas la concurrence étrangère et manifeste un comportement incivique en employant de préférence des clandestins africains (y compris dans les établissements huppés et profitables comme La Tour d’Argent) !

Une mesure plus pertinente au regard de la conjoncture eut été d’employer ces 3,2 milliards par an en faveur de la recherche publique, pour donner un coup de fouet aux embauches de diplômés, à l’équipement des laboratoires et à la revalorisation des salaires des chercheurs en poste… Par la même occasion, l’État aurait pu rétablir une saine concurrence dans le secteur de la restauration en relevant de 5,5% à 19,6% le taux de TVA qui s’applique aux chaînes américaines de fast-food…

Manières de voir

17 mars 2009

Le Monde et la plupart des journaux titrent : «Baisse du patrimoine des Français pour la première fois en 30 ans».

Le Figaro se distingue avec ce titre autrement plus chatoyant : «Le patrimoine des Français a doublé en 30 ans» ! On peut suggérer au porte-voix de l’Élysée d’autres titres destinés à nous réconforter :
- Les Français voyagent deux fois plus qu’il y a 30 ans (malgré la crise),
- …
- L’espérance de vie des Français est encore deux fois supérieure à ce qu’elle était en 1789 (malgré la crise) !

Haro sur les jeunes !

13 mars 2009

Le Parlement français s’est saisi du dossier du téléchargement. On ne discutera pas ici de la pertinence de la future loi mais simplement d’observer qu’elle vise en premier lieu les adolescents, principaux auteurs de téléchargement pirate sur internet.

Cette loi vient après l’élévation de 16 à 18 ans de l’âge en-dessous duquel il est interdit d’acheter tabac ou alcool, mais aussi après l’abaissement de 16 à 13 ans de l’âge à partir duquel on peut jeter un délinquant en prison…

S’il y a une cohérence dans la politique du président Sarkozy (6 mai 2007: 70% des plus de 70 ans ont voté pour lui), elle est dans cette obstination à faire des «jeunes» les principaux fauteurs de troubles, tantôt qualifiés de «racaille», tantôt accusés «d’attendre la dernière semaine pour réviser les examens» (propos curieux dans la bouche de Nicolas Sarkozy, dont la scolarité a été particulièrement mauvaise).

Vive les vieux !

16 février 2009

Nicolas Sarkozy a confié au professeur retraité Jean-Pierre Rioux (70 ans) une mission en vue de trouver un lieu de chute pour son musée de l’Histoire de France. Cette mission vient après celles confiées à d’autres septuagénaires : Martin Karmitz (création artistique), Édouard Balladur (collectivités), Simone Veil (préambule de la Constitution), sans parler de Michel Rocard, Jack Lang, Claude Allègre, Jacques Séguéla,…

Le président, fidèle à lui-même, fait confiance à des personnes qui n’étaient déjà plus jeunes en 1968, pour définir les contours de la France de demain… C’est une rupture par rapport à ses prédécesseurs, Chirac et surtout Mitterrand, des hommes âgés qui se posaient en arbitre et s’entouraient de jeunes loups. C’est un choix après tout cohérent de la part d’un homme qui doit son élection au vote en sa faveur de 70% des plus de 70 ans.

Ennui mortel

6 février 2009

Nicolas Sarkozy a encadré soigneusement son entretien télévisé de ce 5 février. Piégé par cet excès de précaution, il n’a trouvé en face que quatre journalistes complaisants et/ou effacés : Laurence Ferrari, une amie aussi mignonne que muette ; un jeunot de M6 incompétent et mièvre; le vieil Alain Duhamel, admirateur sans bornes du nouveau Premier Consul ; David Pujadas.

À noter : pas un seul représentant de la fameuse «diversité» et l’oubli notable de la crise sociale aux Antilles.

Résultat : une heure et demie de monologue ennuyeux, une mauvaise imitation de Nicolas Canteloup (l’imitateur-phare d’Europe1), un pot-pourri des discours quotidiens du président dans ses tournées en province.

Avec tout ça la promesse hâtive de supprimer la taxe professionnelle, un serpent de mer vieux de 25 ans que le président lui-même n’a pas jugé urgent de réformer en 2007 quand cela lui était encore assez facile.

Le Président contre les fosses septiques

30 janvier 2009

Reportage du Monde 2 sur L’autre crise de l’été :
«Au soir du 18 août, l’état-major lui a appris que des soldats français étaient tombés dans une embuscade en Afghanistan, et qu’il y avait vraisemblablement des morts. Le mardi 19 en fin de journée, il doit s’envoler pour Kaboul. Mais avant de partir, le président de la République veut à tout prix régler un problème majeur. Les fosses septiques. Il faut en finir ! D’urgence installer le tout-à-l’égout… En ce mois d’août, Nicolas Sarkozy séjourne dans la vaste propriété de sa belle-mère, Marisa Bruni-Tedeschi, à la pointe du cap Nègre,…»

Le président réunit dare-dare les copropriétaires du Cap Nègre ainsi que le maire, le directeur de l’équipement et le préfet ! Pendant une heure, il se concentre sur l’affaire et fait part de sa conviction qu’il importe d’installer sans attendre le tout-à-l’égout. Son avis est contredit par de vieux scientifiques au nom même de l’écologie. Qu’à cela ne tienne. Le Président, pour enfoncer le clou, promet de faire financer plus de la moitié des travaux par les pouvoirs publics ! Finalement, malgré sa participation à pas moins de trois réunions, ses efforts n’aboutiront pas et le Cap Nègre conservera ses fosses septiques.

Cette affaire est un succédané de la manière de faire de Nicolas Sarkozy :
- le Président se disperse dans des affaires dérisoires et qui ne sont pas de son ressort,
- le Président ne craint pas de mobiliser les agents de l’État et les fonds publics dans une affaire d’ordre strictement privé,
- le Président s’avère impuissant à régler une affaire de fosses septiques ; dans ces conditions, comment peut-on le croire capable de réformer la France, le capitalisme mondial etc ?